La population d’El-Tarf consternée et révoltée
C’est un sentiment de consternation, de rage et de révolte qui se lisait sur les visages des citoyens en cette matinée macabre après avoir eu vent de l’information diffusée par la chaîne satellitaire qatarie, El Jazeera, faisant état de la mort de 43 personnes et 38 blessés, venus de toutes les régions d’Algérie pour intégrer les rangs de la Gendarmerie nationale au niveau de l’Ecole supérieure des Issers (wilaya de Boumerdès), à la suite d’un attentat kamikaze à la voiture piégée.
 Rencontré au détour d’un café, Ali D., la trentaine, la mine défaite, dira avec amertume : «Un membre de ma famille est partie rejoindre cette école, il est dix heures du matin et je n’arrive pas à le joindre sur son portable. J’ai peur qu’il lui soit arrivé un malheur.» Il faut savoir que la wilaya d’El Tarf a toujours fourni à l’armée le gros de ses contingents, tous corps confondus. Un universitaire en rage, qui s’est joint à la discussion, notera que «la population commence à être désespérée de ce qui se passe. Il est nécessaire de comprendre les tenants et aboutissants de la crise. Il ne faut pas se voiler la face. Il est clair que la réconciliation dont on parle à longueur de journée n’a rien apporté pour que la bête immonde arrête d’assassiner les Algériens.» «C’est un échec manifeste et lamentable de la politique de réconciliation nationale, nous sommes en train de revenir à la décennie noire. Pour sauver le pays, en tant que démocrates, nous devons militer pour la double rupture. La rupture avec l’intégrisme et avec le système rentier et bureaucratique en place», ajoutera-t-il. Pour Réda C., commerçant de son état et qui a reçu l’information comme un coup de massue, «l’intégrisme par ses attentats est en train de démontrer qu’il refuse la réconciliation nationale. Dans notre pays, tous ceux qui lisent les journaux et connaissent la classe politique savent pertinemment qu’il existe une crise de projet de société qui s’exprime par une crise de pouvoir. Je m’explique : la crise algérienne, avec tous ses malheurs, porte sur le choix définitif du projet de société et du modèle d’Etat et de vie qui s’y rapporte. L’enjeu est donc colossal et immense». Mohamed B., un jeune étudiants en sciences politiques, notera que «l’histoire se répète. Il est très important de savoir qu’en 1938, Hitler a accepté de recevoir les démocrates anglais et français pour négocier pacifiquement la disparition de la Tchécoslovaquie. A ces dialoguistes et “réconciliateurs” qu’étaient Daladier et Chamberlain, Winston Churchill qualifié alors de va-t-on en guerre “éradicateur si on peut le qualifier ainsi” lança cette phrase lucide : entre le déshonneur et la guerre vous avez choisi le déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre.» Quoi qu’il en soit, la population est désabusée et éreintée par un quotidien difficile et par tant de fuites en avant d’un pouvoir en mal d’imagination face à ses responsabilités et l’intégrisme qui ne baisse pas les bras et attend le moment propice pour accaparer la République.
Daoud Allam
Source : Le soir d'Algérie
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